Une fête de la musique aux multiples facettes
Loin de fleurir le muguet, les rues, enfumées par la friture, accueillent stands de nourriture, mais aussi DJs dont le son rythme le flot ininterrompu de personnes. Dreadlocks et crêtes fluorescentes se côtoient. De jeunes enfants accompagnés de leurs parents marchent tranquillement dans les rues paisibles du quartier de Kotti. La foule est par endroit si compacte qu’avancer de dix mètres devient un défi. Et pourtant les gens essayent de faciliter le flux, marchant tous à droite de la rue, devenue piétonne pour la journée.
On essaie d’éviter les débordements : vous achetez une bière, on vous la verse dans un gobelet, et s’il en reste dans la bouteille on vous demande de la finir sur l’instant et on la récupère, afin d’éviter de faire des éclats. Ainsi, l’ambiance reste très familiale sans pour autant être feutrée. L’insolite y pointe même le bout de son nez : trois petites filles sur un canapé à roues traversent la foule dansante, en cadence, une jeune femme aux lunettes disco sans autre habit que des sous-vêtements masquant à peine sa poitrine, où les cornes du diable semblent avoir migré, se déplace d’une démarche chaloupée, des vélos se balancent aux grilles, à plus d’un mètre du sol…
La journée s’achève, tranquille. On aura croisé peu de policiers et se souviendra de l’ambiance limpide et radieuse, du ciel bleu et de la musique calfeutrée, des basses que l’on entendait depuis l’intérieur du métro.
Le soir nous révèle une toute autre facette : les fourgonnettes vertes et blanches, alignées, entourent ce même quartier. On croise quelques rangs de policiers, casqués. Décor de guerre civile. Le silence est devenu roi. Un seul bruit quasi ouaté vient le rompre : les voitures qui, en avançant, crissent sur les bouts de verre qui sillonnent la rue. Il y aura eu quelques blessés ce soir-là.
Le lendemain, la propreté des voies étonne. Cependant, sur les trottoirs, restent encore quelques morceaux de verre, où s’accrochent encore des éclats de rire et l’univers sonore de ce 1er mai.
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